La Colocation de Clarisse (3)

On prend l'habitude...


Le temps passa. Loki était toujours là. Clarisse s'occupait peu de lui. Elle faisait sa vie et lui la sienne. Il n'était pas embêtant, vraiment. Il arrivait même à se nourrir seul ; Clarisse ne dépensait jamais un centime pour lui quand elle faisait ses courses. Quelque part, elle ne voulait pas savoir comment il faisait et si jamais la police secrète des pouvoirs secrets (ou quelque chose comme ça) débarquait chez elle, elle pourrait toujours jouer les otages. D'une certaine manière, ce n'était pas totalement faux, il était ici contre sa volonté. Toutefois, rien ne l'empêchait non plus de chercher à s'en débarrasser. Elle pouvait elle-même aller au devant des agents-secrets-des-secrets-qu'il-faut-garder-secrets pour leur vendre son colocataire. Cette idée lui traversa à un moment l'esprit mais elle ne savait pas où aller ni à qui parler sans passer pour une folle. Alors, elle avait décidé d'attendre que le problème se résolve tout seul. Il finirait bien par s'en aller pour se lancer dans la conquête d'une planète ou pour tenter à nouveau de tuer son frère... Qu'importe ? du moment qu'elle pouvait toujours vivre sa vie, il ne la dérangeait pas.

- Tu ne trouves pas ta vie ennuyante, parfois ?

Il lui avait posé cette question en la regardant couper un concombre. Elle préparait sa gamelle pour le lendemain.

- Non, pourquoi ?

- Tu n'as jamais rêvé d'être... plus que ce que tu n'es ?

Elle ne répondit pas. Elle coupait son concombre.

- Je me suis toujours demandé... qu'est-ce que vous ferrez quand vous aurez conquis votre pouvoir et votre royaume ?

- Je régnerai, question idiote.

- Mais vous n'en n'êtes pas capable, vous le savez, non ?

Le regard de Loki s'alluma d'une colère indicible.

- Et comment sais-tu que je n'en suis pas capable ?

-Vous n'avez pas l'âme d'un chef. Il faut avoir quelque chose, quand on gouverne, qui fait que les autres vous suivent... Et vous, vous ne l'avez pas.

- Toi non plus, jeune fille, tu n'es pas capable de régner sur le royaume qu'on t'a donné.

- Et quel royaume m'a-t-on donné ?

Clarisse riait. Ses parents ne possédaient, si ce n'est des dettes à ne plus savoir quoi en faire, qu'une maison perdue dans la campagne française, autant dire nul part, dans laquelle il n'y avait que des babioles sans valeur, autant dire rien.

- Celui de ta vie.

Et Loki disparut. Clarisse haussa les épaules. Il était sûrement vexé, elle ne le reverrait plus, tant mieux.

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